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Voici le dernier film avant les fêtes. Une aventure collective...

D'encre et de sang, un film à micro budget doté de trois cinéastes et d'autant de scénaristes ...

Par Martin Gignac

On se croirait revenir à la belle époque de l'ONF où metteurs en scène, directeurs photo et monteurs travaillaient sur différents films en s'échangeant les rôles. Le talent n'est peut-être pas celui des Pierre Perrault, Michel Brault ou Bernard Gosselin. Sauf qu'on sent cet esprit de camaraderie émaner D'encre et de sang, ce film à micro budget doté de trois cinéastes et d'autant de scénaristes - tous diplômés de l'INIS - qui sont secondés par des techniciens hors pair, dont Vincent Biron (le réalisateur du si sympathique Prank) aux images.

Le long métrage à relais, qui est divisé en trois parties d'égale tenue, suit le rêve d'écriture d'un libraire (Martin Desgagné), la quête de vérité de sa fille (Lysandre Ménard) et le désir de vengeance de son nouvel amoureux (Iannicko N'Doua). Un lien de confiance s'est brisé au sein de ces individus, des secrets enfouis viennent bouleverser leurs capacités interrelationnelles et certaines maladresses du coeur risquent de les mettre dans le pétrin.

Ce qui aurait pu ressembler à un amalgame sans queue ni tête ou à un simple cadavre exquis prend la forme d'une oeuvre généralement cohérente. Il existe un fil narratif, une émotion sous-jacente au récit. La mise en scène appliquée ne fait pas dans l'esbroufe, bien que la première partie pas très loin du cauchemar familial à la Cronenberg cède le pas à une romance plus nerveuse et caméra à l'épaule dans le style des frères Dardenne, avant de verser dans une quête politique propre à Costa-Gavras.

C'est là que l'essai révèle ses limites. Malgré une histoire rédigée à six mains, ce qui en ressort est loin d'être édifiant. Tout a déjà été vu ailleurs en mieux (notamment dans The Words pour le plagiat littéraire) et la progression multiplie les clichés et les dialogues ampoulés. L'ensemble n'est pas seulement prévisible, il s'avère aussi moralisateur et trop écrit. Voilà un problème de taille qui risque d'en faire soupirer plus d'un.

Ce serait pourtant dommage de passer à côté de cet effort qui compense son manque d'ambition par une grande authenticité. L'interprétation d'ensemble est soutenue et les différents comédiens développent une chimie qui opère allègrement. Martin Desgagné trouve l'un de ses meilleurs rôles au cinéma depuis l'éclatant Full Blast de Rodrigue Jean, Lysandre Ménard est aussi investie que dans La passion d'Augustine, Iannicko N'Doua s'impose grâce à son charisme latent et Fayolle Jean domine à nouveau l'écran de sa présence rassurante.

D'une sensibilité à fleur de peau et porté par un rafraîchissant esprit de camaraderie, D'encre et de sang fait fi de nombreuses imperfections liées à l'inexpérience pour offrir une aventure humaine nuancée, profonde et émouvante à ses heures. C'est l'occasion idéale de découvrir de quoi sera fait le cinéma québécois de demain avec ce talent en ébullition qui n'a pas fini de rejaillir.

Voeux de Noël

 

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